Au premier abord, il semble plutôt évident que la rentabilité est à mettre au coeur des préoccupations des dirigeants d’une entreprise. En tant que dirigeant, ils sont responsables du bon fonctionnement de celle-ci, du paiement des salaires, des charges fixes… Mettre la rentabilité au premier plan semble donc être le choix logique, mais est-ce le plus judicieux ? Je n’en suis pas si certain que cela. Il y a un certain nombre de cas ou j’en doute. J’ai la chance de collaborer avec de jeunes start-ups en France mais également aux Etats-Unis et, par voie de conséquence, avec des investisseurs et des business angels dans les deux pays. Il est particulièrement enrichissant de constater les profondes différences culturelles qui mènent à un investissement. Ces différences, dans le fondement même des investissements, dans de nouveaux projets a un impact direct sur la création d’entreprises, puis sur leur développement dans les premières années. L’étude financière dans un business plan décrit l’activité à venir sur 3 ou 5 ans. Malgré toutes les techniques comptables qui existent pour présenter ces chiffres, prévoir une activité liée à Internet et aux réseaux sociaux sur 5 ans relève selon moi de la divination plus que de réalités entreprenariales. Certes, il faut tout de même tracer un chemin à suivre et estimer au mieux les coûts de fonctionnement de votre entreprise, mais les choix que vous ferez seront-ils motivées par une rentabilité à court terme ? Dans le contexte actuel, de nouveaux projets voient le jour quotidiennement et il est très probable que sans en avoir connaissance, une entreprise porte une idée similaire à la vôtre. Axer votre stratégie sur le développement de votre notoriété plutôt que sur votre rentabilité déplace la valeur de votre entreprise. Vos utilisateurs deviennent votre première valeur. Imaginez si Google, Facebook ou Twitter avaient dû être rentables dans les 3 premières années de leur lancement. Nous n’en aurions probablement jamais entendu parler. Ces entreprises ont été financées sur leur potentiel de croissance; la rentabilité n’est entrée en ligne de compte que dans un second temps. Il est bien plus facile de rentabiliser une entreprise qui a déjà 400 millions d’utilisateurs actifs (Facebook), même si le business model n’est pas celui qui était prévu à l’origine. C’est d’ailleurs un élément essentiel : avoir la possibilité de modifier son business model en cours de route. C’est souvent une question de survie et pour cause, le marché est très volatile et les habitudes des utilisateurs évoluent en permanence. Revenons-en à nos différences entre Etats-Unis et Europe. Les investisseurs américains ont cette capacité et ce désir d’accompagner des entreprises dès les phases d’amorçage pour leur permettre d’atteindre des tailles suffisamment importantes pour réfléchir ensuite au moyen de les monétiser. C’est selon moi ce qui permet aux start-ups américaines de se développer (la politique d’embauche y est également pour beaucoup) en ayant la possibilité de se concentrer sereinement sur leur activité et leur développement plutôt que sur leur rentabilité. L’exemple que j’aime bien est celui de Foursquare. La société ne gagne pas d’argent mais est valorisée plus de 120 millions d’euros parce qu’elle a déjà (en quelques mois) plus de 2 millions d’utilisateurs. Ces utilisateurs font la valeur de l’entreprise puisque leur nombre ouvre plusieurs possibilités pour rentabiliser l’entreprise : partenariats, publicités, … ce sont des business model qui n’auraient pas de sens pour une entreprise qui se lancerait et tenterait de commercialiser ses services ou établir des partenariats alors qu’elle n’a pas de notoriété. Et vous ? Quelle importance accordez-vous à votre notoriété dans la stratégie de votre entreprise ? | ||||
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